“Commencer une manifestation en connaissant le point d’arrivée, c’est le béaba du maintien de l’ordre.” Ce “béaba”, comme le décrit un membre de la Ligue des droits humains de Lille (LDH), a eu du mal à être respecté par la préfecture du Nord ce samedi 24 octobre. Des dizaines de milliers de manifestant.es ont eu la surprise de découvrir un barrage de forces de l’ordre en haut du boulevard Victor-Hugo, au niveau du Square du Peuple Polonais. Canons à eau et rangée de CRS y étaient plantés, empêchant le cortège d’emprunter la rue de Solférino vers sa destination.
Une fin de parcours annoncée au dernier moment
Dans un post sur X, publié 1 heure avant la manif, la préfecture du Nord avait annoncé qu’elle se terminerait “avant la place de la République”, sans donner plus de précisions. “C’est une fois arrivé au milieu du boulevard Victor-Hugo, qu’une personne des renseignements territoriaux est venue nous dire qu’il fallait que la manif se disloque au niveau du Square du Peuple Polonais”, raconte un syndicaliste de la CGT Éduc Nord.
Une version bien différente de celle avancée par la préfecture : “En lien avec l’organisateur de la manifestation [CGT], dans le respect de l’arrêté préfectoral validé par le tribunal administratif, la manifestation devait s’arrêter avant République. Il a été conjointement décidé de faire cet arrêt en haut du boulevard Victor Hugo, afin de gérer la dispersion avec l’espace nécessaire.”
Le cortège a effectivement terminé sa marche “avant République”, à l’angle de la rue de Solférino, soit à plus d’1 km de la place ! Pour être au courant, les manifestant.es avaient intérêt à consulter régulièrement le compte X de la préfecture du Nord, où elle les a informés de la fin du parcours. Alors que le cortège s’engageait sur le boulevard Victor-Hugo.
Demander aux gens de se disperser alors qu’ils ne savent pas que c’est la fin de la manifestation, quelque part, c’est faciliter le chaos. Ce n’est pas possible qu’ils aient décidé si tard.
Un membre de la LDH de Lille
Une dispersion suivie d’une manifestation rue de Douai
Les forces de l’ordre ont ensuite usé de canon à eau, gaz lacrymogènes et grenades de désencerclement pour disperser une foule désorientée. De nombreux manifestant.es ont alors pris la décision de poursuivre leur route rue de Douai. “Il n’y a eu aucune discussion, du coup on leur a imposé une manif sauvage”, explique un syndicaliste de la CGT Éduc Nord.
Deux arrêtés préfectoraux dans les jours précédant la manifestation
Cette décision est venue ponctuer une série de changements intervenus dans les jours précédant l’acte II contre la vie chère. Deux arrêtés préfectoraux ont été publiés successivement les 22 et 23 octobre. Le premier pour interdire les manifestations dans le centre-ville de Lille, sans inclure la place de la République dans le périmètre. Le second interdisant le départ depuis cet endroit.
Quant au point de départ, il a été connu seulement le samedi matin. “La préfecture nous suggérait de partir plutôt de la place Sébastopol, ce qu’on a refusé. On a imposé le fait de partir de la rue Inkermann qui n’était pas dans le zonage interdit”, relate le syndicaliste de la CGT Éduc Nord.
Un acte III est d’ores et déjà prévu samedi prochain, sans plus de précisions…


