Vivre à Lille, c’est risquer de se faire cambrioler, voler ou tabasser à n’importe quel moment. Voilà le constat dressé par le dernier classement des villes les plus sûres de France (+ de 100 000 habitant.es), paru dans le dernier numéro de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs Actuelles. Le cas de la capitale des Flandres illustrerait le “drame d’une société qui glisse de la tranquillité à l’insécurité”. Leur “étude” sert en réalité les discours sécuritaires qui mènent à une répression toujours plus importante.
La police municipale, un critère contestable
Les critères sont choisis arbitrairement et cette sélection ne repose sur aucune base scientifique. Selon eux, la proportion de policiers municipaux par rapport au nombre d’habitants d’une ville serait le critère le plus important pour déterminer la dangerosité d’une cité.
Or, une récente étude signée Adrien Mével, docteur en sciences politiques (Rennes 1), sur la production de l’ordre et le développement des polices municipales de grandes villes infirme cette thèse.
Les taux de délinquance enregistrés suivent une évolution globalement similaire, indépendamment des changements d’effectifs de la police municipale.
Adrien Mével, docteur en sciences politiques
À Lille, les personnes de passage échappent au calcul
Autre biais : Valeurs Actuelles rapporte les délits au nombre d’habitant.es. Problème, Lille compte 240 000 habitant.es, mais bien plus s’y rendent chaque jour pour travailler, étudier, faire leurs courses… Ces personnes sont donc elles aussi exposées aux délits, mais ne sont pas prises en compte dans le dénominateur.
Résultat : les chiffres sont forcément gonflés et avantagent les plus petites villes avec moins de passage. Ce qui explique pourquoi l’on retrouve des cités comme Meaux ou Ajaccio en tête du classement, et aucune grande métropole.
C’est frappant si on prend le cas de Villeneuve-d’Ascq. Première en vols de véhicules rapportés au nombre d’habitant.es, mais où des milliers d’étudiant.es se rendent chaque jour sans être comptabilisé.es comme des résidents de la commune.
Un classement qui favorise les villes de droite
Lorsque l’on se penche sur ce classement totalement impartial, on remarque que les 10 villes “les plus sûres” sont dirigées par des maires de droite. À l’opposé, 8 villes de “gauche” font partie des 10 plus dangereuses.
Mais cela n’a sûrement rien à voir avec la ligne d’extrême droite du média, notamment détenu par le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin. N’est pas Valeurs Actuelles qui veut.



